Art et culture
Festival "Visions d’exil": les artistes exilés nous donnent à voir et à penser
iloubnan.info, 15 novembre 2017 à 23h01
Par Elodie Morel
Le palais de la Porte dorée à Paris, où se tient le festival Visions d'exil du 10 au 18 novembre 2017.

Ce mardi 14 novembre en toute fin d’après-midi, la nuit est déjà tombée alors qu’on remonte d’un bon pas l’avenue Daumesnil. Direction: le palais de la Porte Dorée, où se tient le festival "Visions d’Exil". Ici sont présentés chaque jour et plusieurs soirs, des œuvres d’artistes venant de Syrie, d’Azerbaïdjan, du Togo… Ils racontent ce qu'ils ont rapporté de leur vie passée, leur réflexion sur le présent. 

Le palais s’élève devant nous, illuminé, sculptural et massif. Il abrite le musée national de l'histoire de l’immigration. 

Le festival Visions d'exil est sobre et discret. Dans la grande salle au rez-de-chaussée, il y a cette installation, intitulée "Sham", de Bissane al Charif. Architecte de formation, Bissane al Charif est née en France de parents palestiniens, et a grandi en Syrie. "Sham", c'est un autre nom pour désigner Damas. L'installation se présente comme un kiosque, dans lequel on peut découvrir des images, du texte et du son, qui parlent tous de Damas.  L’une des créations est une vidéo, qui enchaine les témoignages d’enfants de la ville. Ils évoquent leur lieu préféré dans la capitale syrienne qu’ils ont dû quitter. Ces enfants décrivent un quotidien qui ressemble au vôtre, qui ressemble au mien. C’est très troublant.

Ce soir-là, le festival propose aussi la projection en avant-premiere du film "194, Nous, enfants du camp", du jeune réalisateur syro-palestinien Samer Salameh. Il y a du monde dans l’auditorium du musée, la salle est pleine. Dans son film, Samer raconte l’histoire d’un groupe d’habitants de Yarmouk, ce camp de réfugiés palestiniens à Damas. Dans les grands médias, on a surtout parlé de Yarmouk en 2014. A cette époque, le régime et des milices rebelles ont assiégé le camp, condamnant les habitants à la famine et aux maladies. Mais le documentaire ne parle pas de cet épisode. Il se déroule avant cette phase. Avec des images tournées principalement entre 2011 et 2013, il raconte le quotidien de plusieurs jeunes gens. Ils ont une vingtaine d'années et ils prévoient de quitter le camp, coûte que coûte, face à l’absence totale de perspective. Face aux dangers de la guerre qui gronde aussi.

Certaines images ont été filmées par le réalisateur lui-même. Il explique qu'il n’avait alors pas une idée précise du film qu’il voulait faire. Certaines de ces images sont extrêmement rares : elles ont été prises en caméra cachée, pendant que Samer faisait son service militaire dans l'armée de libération palestinienne en Syrie. On le voit dans ce cadre en train de préparer une pièce de théâtre (oui, il y a une section "Théâtre" dans l'armée). On écoute les commentaires de l’officier en charge de la direction des acteurs. Puis on découvre l’atmosphère du service militaire sur le terrain. Ce que les officiers disent aux jeunes hommes venus apprendre le maniement des armes. La manière dont on leur explique pourquoi on leur confisque leurs téléphones portables pendant un déplacement, par exemple, "pour leur propre sécurité". 

Le film est aussi composé d’images tournées par des tiers, lors d’événements marquants, comme les manifestations de jeunes Palestiniens qui, pendant les commémoration de la Nakba (l'exode des Palestiniens à la création d'Israël), ont été pris pour cible par l’armée israélienne alors qu'ils cherchaient à franchir la frontière vers la Palestine. 

"194, Nous, enfants du camp" ouvre une réflexion sur l’exil.

Le chiffre "194" dans le titre fait référence au numéro de la résolution onusienne qui stipule le "droit au retour" des Palestiniens chez eux. Aujourd'hui le camp est presque totalement détruit: avec la guerre en Syrie, les Palestiniens de Yarmouk ont dû, une fois encore, partir. Quitter leur maison, pour un ailleurs incertain.

Cet ailleurs, pour Samer, ce sera la France, où il trouve du soutien auprès de l’Atelier des Artistes en Exil (aa-e), organisateur du festival. L’aa-e a ouvert ses portes en septembre 2017  dans le 18e arrondissement. Cofondé par Ariel Cypel et Judith Depaule (anciens dirigeants de Confluences) avec le soutien d’Emmaüs Solidarité, l’Atelier des Artistes en Exil se propose d’identifier les artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, et de les accompagner, en fonction de leur situation et de leurs besoins, de leur offrir des espaces de travail, de les mettre en relation avec des professionnels français et européens, pour leur donner les moyens d’éprouver leur pratique, de l’exercer, de faire entendre leur voix, et de se restructurer. "Parce que le rôle de l’art est de dire et montrer ce qui dérange, de faire entendre la voix des opprimés, l’Europe créative doit être particulièrement vigilante à l’égard des artistes," explique-t-on dans cet organisme. Ariel Cypel le dit très bien dans une vidéo à voir en cliquant ici.

Pendant ces quelques jours de novembre, le festival Visions d’exil nous invite à écouter et voir ce que ces artistes ont à nous montrer et à nous raconter. Il nous invite à, nous aussi, nous montrer vigilants.

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#artistes, #Réfugiés
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