Société
Sur Twitter, des femmes témoignent de la grossophobie ambiante
Rue89, 28 novembre 2016 à 09h38
Par Jessica Collini

A l’idée de parler, Auriane angoissait. Pendant une semaine, elle a combattu sa peur. Elle a fini par témoigner sur le compte « Fat people Inside ».

La grossophobie englobe toutes les remarques désobligeantes à l’égard des personnes en surpoids. Certaines les endurent très tôt, comme Alicia. Âgée de 23 ans, elle pèse 102 kilos. Dès six ans, elle en a souffert.

Au fil du temps, leur vision de leur corps se dégrade. Leurs proches ne les soutiennent pas toujours. Justine se souvient :

« On m’a déjà traitée de boudin parce que j’avais de la nourriture dans mes placards. Le problème avec la grossophobie, c’est que les gens ne pensent pas blesser. Ils essaient d’être bienveillants. »

Les médecins, eux aussi, manquent parfois de tact. Alors qu’Olga se rendait chez lui pour une angine, son docteur a oublié d’examiner sa gorge. « Il m’a fait une leçon sur le sport, l’alimentation et tout le reste pendant une vingtaine de minutes », ajoute-t- elle.

Quand elles font du shopping, elles doivent fouiller tout le magasin pour trouver des vêtements, sans succès. À ce stade, leur poids est considéré comme un handicap. Il ne les empêche pas pour autant d’être heureuses. Nolivé l’est, elle se sent bien dans sa peau.

#FatGirlsCan

Mais à force d’essuyer des regards et des insultes, des femmes se mettent à se sous-estimer. Anouch témoigne :

« Elles peuvent être grossophobes envers elles-mêmes. Elles s’interdisent d’aller à la piscine ou de s’habiller comme elles le veulent. À un moment, j’évitais la mer. »

Mais le problème est bien plus profond. Sylvie Benkemoun, la vice-présidente du GROS, l’approfondit :

« Les obèses n’ont aucune représentation. Elles ne se voient pas dans les magazines, nulle part. »

Dans ces conditions, il est essentiel de sensibiliser le public.

« La France est un pays frileux à ce niveau-là. Il est à la traîne par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni », se désole Anaïs, une blogueuse « plus size ».

Olga remarque elle que le vocabulaire anglophone, « body positive » et « fat shaming », est plus « catchy » que « la grossophobie » et « les injonctions au corps ».

Pareil pour les hashtags, précise-t-elle ( #EffYourBeautyStandards, #FatGirlsCan et #NoBS ).

Des outils à double tranchant

Sur les réseaux sociaux, les femmes discutent avec d’autres victimes de grossophobie. « Mes parents sont gros. Mais ils ne le vivent pas de la même manière », révèle Anouch.

Toutefois, passer par ces intermédiaires les affecte parfois. « Facebook, Instagram et Twitter ne sont que le reflet de notre société, qui promeut un seul type de corps légitime (mince, blanc, …) », persiste Olga.

Si quelqu’un en surpoids s’expose sur Internet, il prend un risque. Celui de recevoir des remarques du genre  « Va faire un régime » ou « Les gens comme toi, ne devraient pas s’aimer »…

Belinda (le prénom a été modifié), qui approche des 120 kilos, se souvient :

« Une fois, j’ai publié une photographie sur Instagram. Je mangeais un cookie. Des nutritionnistes en herbe m’ont fait la morale. »

D’après Grégory Mancel, consultant en stratégie digitale, Facebook et Twitter sont devenus « une sorte de défouloir », où les « différences » ne sont pas toujours acceptées.

Témoigner sur Twitter

Avec le compte Twitter « Fat People Inside », Nolivé milite :

« J’offre un espace de parole aux grosses. Ce compte Twitter éduque également le public à la grossophobie. J’ai reçu beaucoup de messages de remerciements. Grâce à cette initiative, des femmes ont changé de regard sur elles-mêmes. »

Une trentaine de témoignages ont déjà été diffusés à ce jour.

Sur « Gras Politique », le même combat est mené. « Nous essayons de créer une communauté bienveillante. Nous allons organiser des groupes de parole », commentent les administratrices, Daria et Eva.

Le premier portera d’ailleurs sur les violences grossophobes.

Raconter ses déboires sur un réseau social n’est pas simple. Pourtant, Anouch, Auriane et Olga l’ont fait.

  • À l’idée de parler, Auriane angoissait. Pendant une semaine, elle a surmonté sa peur. S’habiller correctement en étant grosse n’est pas évident. Sur « Fat People Inside », elle s’étend sur le sujet.
  • Olga, elle, a abordé la grossophobie familiale, la grossophobie médicale ou encore ses relations. À l’école, elle était « la grosse de service ». À 27 ans, elle ne se laisse plus faire.
  • Anouch, de son côté, a témoigné sur « Gras Politique » et « Fat People Inside ». Sur le premier, elle a longuement évoqué sa grossophobie médicale. Sur le second, elle a raconté un peu sa vie : le quotidien des grosses avec une taille supérieure à 50, l’achat de vêtements, les infrastructures inadaptées comme l’IRM, …

L’équipe INfluencia s’est excusée

L’autre avantage de ces réseaux : grâce à eux, ces femmes peuvent faire entendre leur voix. Et foudroyer des campagnes de communication...

Avec son slogan, « Musclez votre esprit », la revue INfluencia a été jugée grossophobe. Ces œuvres de Magritte détournées ont choqué des internautes.

Gaël Clouzard, rédacteur en chef du magazine :

« Ils ont pris la campagne au premier degré. Aujourd’hui, l’infobésité est un vrai problème. La malnutrition ne concerne pas que le physique. Les personnes qui ont fait cette campagne ont des gros culs et des gros bides. Elles n’ont pas le même rapport avec ces images que celles qui nous ont insultés. »

Quand Justine est tombée dessus, elle a eu envie de vomir. Anaïs, elle, est choquée de voir que les préjugés persistent à ce point. « Les gros ne sont pas intellectuellement limités », s’énerve-t- elle.

L’équipe d’INfluencia s’est excusée, elle a posté un visuel similaire avec des muscles. « Nous l’avons fait pour les apaiser. Mais ils ont cru que nous nous moquions d’eux. »

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#Femmes
Donnez votre opinion
1 Commentaires
houari
28 novembre 2016 à 21h25
Mesdames ! Sachez que les hommes sont hypocrites !
Ils adorent les femmes bien en chair mais n'osent pas l'avouer.
Mais surtout ! Que vous soyez grosse ou maigre, petite ou grande, blonde ou brune....
SOYEZ EXTRAORDINAIRE.
(Publicité)
Derniers articles
Défilé Georges Chakra à la Fashion Week de Paris: une rose pour le Liban
23 janvier 2020 à 10h47
Les technologies: l'un des outils les plus puissants pour l'autonomie des femmes et des jeunes filles (ONU)
06 mai 2019 à 12h45
Les technologies numériques pour promouvoir la santé dans le monde
17 avril 2019 à 13h30
Les technologies d'assistance pourraient permettre d'intégrer des millions d'enfants handicapés exclus (UNICEF)
16 avril 2019 à 13h49
"Léonard de Vinci, La Renaissance du Monde": la BD de Marwan Kahil et Ariel Vittori paraît aux éditions 21g
10 avril 2019 à 11h03
Sommet de la Ligue arabe: le CIJ veut un mécanisme judiciaire crédible et indépendant face aux violations des droits de l'Homme
29 mars 2019 à 13h57
Syrie : réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur la situation au Golan
29 mars 2019 à 13h11
"Cet autre monde qui est aussi le nôtre": lumière sur l'étrangeté de la Terre
25 mars 2019 à 12h21
Danse arabe contemporaine: "Rituels" de Lamia Safieddine, ou l'étoffe des femmes
22 mars 2019 à 09h04
Nouveaux outils: on peut désormais mesurer le ROI du Contenu de Marque (mais ça demande du doigté)
20 mars 2019 à 12h14
(Publicité)
Moins de 5% des besoins mondiaux pour la réinstallation de réfugiés satisfaits en 2018 (HCR)
20 fvrier 2019 à 17h39
Trois hauts responsables Syriens arrêtés en France et en Allemagne pour « suspicion de crimes contre l'humanité »
17 fvrier 2019 à 17h14
"Rituels": la danse arabe contemporaine révèle la magie d'une robe ancestrale...
15 fvrier 2019 à 19h24
Un plongeon au coeur des Cités Millénaires à l'Institut du Monde Arabe
12 fvrier 2019 à 09h58
La vie en couleurs au défilé de Georges Chakra à la Fashion Week de Paris
23 janvier 2019 à 15h45
Maison Rabih Kayrouz obtient le label Haute Couture à Paris
21 janvier 2019 à 14h09
Rapport RSF sur la liberté de la presse en 2018 : le Liban à la 100e place sur 180 pays
18 dcembre 2018 à 14h06
"Dessine-moi un proverbe – les proverbes libanais racontés à nos enfants": le Tome 2 est sorti !
16 dcembre 2018 à 18h40
Yémen : plus de 60.000 enfants non scolarisés à Hodeïda
02 dcembre 2018 à 11h34
Joumblatt favorable à toute mesure consolidant la paix civile
02 dcembre 2018 à 09h22
(Publicité)